Je pars donc dans les premiers et ne suis quasiment jamais gêné sur tout le parcours. Le temps est également idéal, un brin frais mais je n’ai jamais eu véritablement froid. Les ravitaillements avec des bouteilles d’eau, des sucres et des bananes me conviennent aussi parfaitement. Je n’en ai sauté qu’un seul : le dernier au 40ieme kilomètre.
Le début en descente permet de me mettre facilement dans le rythme sans échauffement préalable et sans faire monter les pulsations cardiaques. Après 2 kilomètres, j’ai gagné 10'' sur mon tableau de marche. J’ai de très bonnes sensations, je vais plus vite que les 4’30 au kilo et je n’ai pas l’impression de trop forcer, tout se passe bien au niveau de la respiration et du rythme cardiaque. Pas mal aux jambes non plus. Je gère parfaitement les ravitaillements (schéma vite bien rodé : un sucre, de l’eau, un deuxième sucre, encore de l’eau, deux bouchées de banane et encore de l’eau, je bois entre 10 et 20cl par ravitaillement) et les passages un peu plus difficile comme la rue du Faubourg St Antoine où je raccourcis mes foulées sans perdre trop de temps (une poignée de secondes au kilo). Je gagne donc tranquillement du temps sur mon tableau de marche. Je passe au semi en un peu moins de 1h33’30, comme à Annecy, sauf que mes sensations sont toujours très bonnes, même si à ce stade les jambes se font plus lourdes. Dans ma tête, c’est gagné. J’accélère même un peu tout en essayant de me calmer.
On arrive au 25eme kilomètre et déjà les choses se compliquent, les sensations sont moins bonnes et la perspective des quais et de ses tunnels m’inquiète. Quelques portions faciles me permettent néanmoins de continuer à gagner du temps et au 27eme kilomètre je monte à 2’ d’avance sur mon tableau de marche, je ne suis toutefois pas aussi serein qu’au semi, la route étant encore longue et mon avance mince.
Je décide de gérer la partie des tunnels, les sensations ne se dégradent plus sur les quelques kilomètres qui suivent et je perds entre 5 et 10’’ par kilo sur mon tableau de marche. Je gère bien la rue Mirabeau et la perspective de voir ma famille qui est venue me soutenir me donne des ailes. La musique et l’ambiance ont également été des aides précieuses. Bref je passe au 34eme kilo avec un bon temps de passage et je suis de nouveau complètement tranquille sur la réalisation de mon objectif. L’euphorie se prolonge jusqu’au 35eme et la remontée vers Auteuil. Là les sensations se dégradent soudainement d’un cran. Je perds la lucidité qui m’a jusqu’ici permis de mon concentrer sur mes temps de passage et au kilomètre et les jambes commencent à me faire vraiment mal. Je profite du ravitaillement pour boire et manger un peu plus qu’aux précédents. Néanmoins le moral est excellent et comme je vais plus vite que la moyenne à ce stade de la course j’ai l’impression de continuer sur un bon rythme. Je cours aux sensations en essayant de rester à la limite tout le temps. Au 39eme kilomètre je peux encore accélérer malgré cette fois-ci une vraie douleur dans les jambes. Mes temps de passage ne me donnent plus qu’une faible marge sur les 3h10. Je finis sur ce rythme voire un peu plus vite dans la dernière ligne droite en 3h09’37 (le chrono officiel me créditera d’une seconde de plus).
J’ai rempli mon objectif mais comme j’arrête de courir, une jambe me lâche sur un appui et je manque tomber, j’ai un léger étourdissement mais ça va mieux qu’à Ostia ou à l’arrivée de Marseille - Cassis.
Je suis interviewé par Le Parisien et me trompe dans mon age. Arrivé au contrôle anti-dopage (j’ai été tiré au sort) je suis déclaré négatif, mais suis incapable de répondre à leurs question plus pas manque de lucidité que par manque de connaissance. Les jambes me font terriblement souffrir et je marche avec grande difficulté. Il me faut beaucoup de temps pour parvenir à me changer (enlever mes chaussures, enfiler mon jean et mettre mes autres chaussures).
Je me dirige ensuite vers la tribune où j’attends Margot et Florence. Je ne les vois pas arriver et Margot débarque soudain dans son poncho vert. Elle a mis 3h43 et Florence 3h45, les 2 sont contentes.
Le marathon de Paris a grandi, l’ambiance y est bien meilleure et la course super bien organisée. Les conditions étaient idéales (le recors de l’épreuve a d’ailleurs été quasiment égalé chez les hommes en 2h06’40 contre 2h06’33 en 2003). C’est vraiment top mais vraiment dur. La préparation a été intense et mon record n’est battu que de 2’30.
L’analyse de mes temps de passage (un temps tous les 5km cette année !) est d’une aide précieuse : je passe à une seconde près dans le même temps qu’à Annecy mais en ayant des temps homogènes sur les différentes tranches de 5km (4’23 sur la première tranche en descente puis entre 4’25 et 4’28 au kilo). Je tiens le rythme jusqu’au trentième (4’27 entre le semi et le trentième) puis je faiblis relativement peu vu le parcours entre le 30eme et le 35eme (4’34). Le problème est sur la dernière partie : seulement 4’41 malgré la nette accélération des deux derniers kilo. La fatigue, le mal aux jambes et l’impression de faire mieux que les autres m’a probablement retenu de davantage d’efforts. J’aurais probablement pu gagner une trentaine de secondes sur cette dernière partie. A part ça, contrairement à Ostia (où j’avais du marcher pour les ravitos) je ne vois pas trop de zone d’amélioration. Ce qui peut me donner confiance est le fait d’avoir été bien au départ sur un rythme de 4’23 au kilo, nettement plus rapide que pendant ma préparation.
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